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continuum .pdf



Nome del file originale: continuum.pdf
Titolo: Continuum
Autore: Victor Deguérande

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Victor Deguérande

Les archives du temps

Continuum

Manuscrit équitable

Revente interdite

Manuscrit équitable
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d'AvantDePublier.com, le site porteur du concept de manuscrit équitable. Un
manuscrit équitable, c’est un manuscrit qui n’est pas encore publié et qui vous
est proposé gratuitement par l’auteur, de particulier à particulier.
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Passez le relais…
Ce système repose exclusivement sur votre honnêteté et sur le
bouche à oreille. Soyez le porte-parole de ce concept. N’hésitez
pas à recommander et à diffuser largement (et gratuitement) ce
manuscrit autour de vous tout en expliquant le principe à
respecter. Ainsi, ensemble et quels que soient nos moyens, nous
changerons équitablement notre façon de lire.

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Les archives du temps

Continuum
Edition du 9 août 2012

Illustration de couverture :
Lilium Lilith (Lydia Nunes), « Le Temps Moderne »
© 2012 - Toute reproduction est interdite,
sauf autorisation de l'auteur

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DEPOT
1 re EDITION : JUIN 2012
N° 2012-06-0182

Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes des paragraphes
2 et 3 de l’article L. 122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions
strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une
utilisation collective » et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la
source, que les « analyses et les courtes citations justifiées par le caractère
critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information », toute
représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement
de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L. 122-4).
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit,
constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et
suivants du code de la propriété intellectuelle.

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Victor Deguérande

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Table des matières
Margaret ............................................................................... 11
Du temps… .......................................................................... 23
Atomique.............................................................................. 31
Ralf........................................................................................ 43
Bouleversements.................................................................. 51
Départs.................................................................................. 61
La vie continue..................................................................... 73
Communications .................................................................. 83
Partir ................................................................................... 101
Retour ................................................................................. 106
Rencontre............................................................................ 111
Convaincre.......................................................................... 117
Révélations ......................................................................... 125
Problèmes ........................................................................... 135
Un jour paisible .................................................................. 149
Verdict ................................................................................ 161
Une Lueur........................................................................... 167
Mystères ............................................................................. 175
Décryptage.......................................................................... 181
Silence ................................................................................ 189
Epilogue.............................................................................. 193

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« L’Intelligence Artificielle n’est rien
comparée à la stupidité naturelle. »
Attribué à Thomas EDISON

« La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine
une réalité. »
Alfred de Musset

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Victor Deguérande

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Note de l’auteur
Ecrire est un acte d’amour de l’auteur pour son lecteur. Je suis
persuadé qu’une diffusion basée sur l’honnêteté est viable et même
souhaitable. Le concept visant à transmettre gratuitement un
manuscrit et de recevoir un don pour continuer est empreint de
pureté. C’est un pari sur l’humain. Le système classique nous fait
souvent acheter des ouvrages qui se révèlent finalement sans intérêt.
Pire, il nous fait parfois passer à côté d’auteurs inconnus pour
lesquels nous ne voulons pas prendre de risques. Le manuscrit
équitable instaure une confiance entre le lecteur et l’auteur. L’un
donne gratuitement le fruit de son travail et l’autre l’encourage par
un don en fonction de ses moyens. C’est somme toute plus juste de
part et d’autre. Souvent, lorsque l’on termine de lire un livre, et
qu’on l’a apprécié, on se contente d’attendre le suivant. Impossible
de faire comprendre à l’auteur combien ce moment nous a
enchantés. De même, le système classique fait de vous des pirates si
vous aimez quelque chose et que vous voulez le partager librement
avec vos amis. Ici, le partage est totalement permis et même
conseillé si vous passez le relais en expliquant également la règle du
jeu. Le succès de l’œuvre dépend donc fortement de la diffusion que
vous en faites. Encore un acte d’amour envers vos amis ou votre
famille. Redonner au livre son but initial dans une démarche de don
mutuel à tous les étages c’est ça le principe du manuscrit équitable,
c’est ça que j’aime et que j’espère que vous aimerez.
Victor Deguérande
Juin 2012

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Ceci étant un manuscrit, quelques erreurs d’orthographe ou de
typographie peuvent encore subsister.
Merci de votre compréhension.

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Victor Deguérande

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Préambule

Je ne sais par où commencer tant il y a de choses à dire. Aussi,
vais-je essayer d’être le plus précis possible afin que votre
information sur le sujet soit complète. Il est important que tout cela
soit rapporté noir sur blanc pour qu’un jour peut-être, quelqu’un
puisse témoigner de la véracité de ce que je m’apprête à vous
révéler. Ce n’est pas tant le contenu de ce récit mais son existence
même qui est en jeu. Ceci dit, il était peut-être inévitable que vous
ayez un jour cet écrit entre les mains, qui sait ?
Tout a commencé il y a fort longtemps. Mais cela se compte-til en années ou en siècles ? Je ne le sais plus très bien à présent. Si
j’en crois ce que j’ai découvert, cela pourrait peut-être même
s’envisager en millénaires.
On dit souvent : « si c’était à refaire ». Mais comprenons-nous
réellement ce qu’une telle proposition sous-entend ? Ces quelques
mots contiennent en fait, profondément ancrés en eux, un secret
encrypté depuis la nuit des temps.
Si c’était à refaire… le referiez-vous ? Si vous pouviez
modifier ne serait-ce qu’une seule chose, quelque part dans votre
passé, quelle serait-elle ? Pensez-vous qu’il soit simplement
possible de le faire ? Croyez-vous que cela soit réellement
souhaitable ?
Mais pour y parvenir, il faudrait pouvoir remonter le temps, me
direz-vous. Le temps, encore et toujours lui, omniprésent dans nos
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vies et pourtant si insaisissable. Le temps, ennemi perpétuel qui
nous consume petit à petit d’instant en instant. Existe-t-il vraiment
ou n’émerge-t-il pas finalement de notre capacité mentale à
fabriquer des souvenirs ? Tant de questions et si peu de réponses.
Ces questions et bien d’autres, je me les suis posées. Mais j’étais
loin d’imaginer que j’allais être parmi ceux qui en trouveraient les
réponses dans leur chair.
Tout cela doit vous sembler bien nébuleux, et c’est normal, je
ne vous ai, pour l’instant, encore rien expliqué. Mais ce que je vais
maintenant vous raconter est pour le moins inattendu et fascinant.
J’ai moi-même encore du mal à y croire. Alors suivez-moi et
remontons ensemble vers cette soirée de septembre, à l’aube du
XXI ème siècle…

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Chapitre 1
Margaret
— Ça n’aurait jamais dû arriver !
Assise devant son téléviseur, Margaret, une main devant la
bouche, ne cessait de répéter ces mots. Je tentai de la consoler mais
j’étais moi-même très choqué par ce qui s’était passé dans l’aprèsmidi. En fait, le monde entier était sous le choc. Cette journée,
comme toutes les autres, était devenue en quelques heures un jour
historique où chacun des humains de cette planète s’aperçut avec
violence qu’aucun super héros ne viendrait jamais les sauver du
mal. Nous étions le mardi 11 septembre 2001.
Margaret était déjà très âgée à cette époque. Si mes souvenirs
sont exacts, elle était même déjà plus que centenaire. Nous avions
l’habitude de nous voir chaque vendredi mais un empêchement
m’avait fait changer de date. Je rendis donc une petite visite à mon
amie le jour précis où les évènements s’étaient produits. Tout était
arrivé un peu plus tôt alors que j’étais encore au travail. A New
York, il était environ 9 heures du matin lorsque deux avions
percutèrent les tours du World Trade Center et provoquèrent leur
effondrement sur près de trois mille personnes travaillant dans les
bâtiments. Un acte terroriste certes, une horreur absolue en tout cas.
— Ça n’aurait jamais dû arriver ! Ça n’aurait jamais dû arriver !

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— Tu sais, la destruction de l’homme par l’homme n’a pas de
limites. Il se passe des horreurs en permanence partout dans le
monde. C’est ainsi, même si c’est un acte abominable.
— Mais elles n’étaient pas là ! Elles n’étaient pas là ! Ça n’aurait
jamais dû arriver !
— Mais de quoi parles-tu ? Je ne comprends pas !
— The Twin Towers, elles n’étaient pas là !
J’avais beaucoup de mal à comprendre ce que Margaret
essayait de me dire et je mis tout ceci sur le compte de l’émotion
intense que suscitait l’événement…
— Mais si, elles étaient là, regarde les images.
— Non, les tours n’y étaient pas, je m’en souviens très bien, j’ai
habité là-bas.
— Quand ?
— A mon arrivée aux Etats-Unis en 1921, j’ai logé quelques
semaines sur Cortland Street dans ce quartier tout neuf qu’on
appelait « Radio Row ». Il y avait des entrepôts et des blocks
entiers de magasins remplis de l’électronique naissante et j’avais
même une petite chambre au-dessus de l’un d’eux.
— Mais c’était en 1921, voyons. Le quartier dont tu parles se
trouvait à l’emplacement des tours, c’est ça ?
— Oui, je me rappelle, le propriétaire de mon logement s’appelait
Harry Schneck. Il avait ouvert le premier magasin dédié à la radio
dans le quartier. Tu sais, la radio, c’était une innovation majeure à
l’époque. « Radio Row » était un endroit vivant et magique. La rue
résonnait du Jazz qui venait de naître. Et il y avait des marchands
ambulants partout dans les rues avec toutes sortes de bonnes choses
à manger qui donnaient au quartier une odeur très particulière.
— Mais l’endroit a été rasé pour y mettre les tours, non ?
— Elles n’auraient jamais dû être construites, elles n’étaient pas là !
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Voyant l’effet que produisaient ces images sur mon amie, je
décidai, avec son accord, de couper le poste de télévision. Nous en
avions assez vu. J’espérais lui changer quelque peu les idées, même
si je n’étais pas vraiment concentré sur ce que je disais à ce moment
là.
Chez elle, comme chez toutes les personnes de son âge, tout
était « vieux ». Sur de vieilles étagères, de vieux bibelots côtoyaient
de vieilles photos en noir et blanc. Les meubles en bois noble de son
salon sentaient la cire. Dans les tiroirs des commodes et des
secrétaires, des journaux d’une autre époque évoquaient ce que le
futur serait avec une certitude désarmante. Mais l’an 2000 n’était,
en définitive, pas en rapport avec ce que l’on en avait rêvé et la
barbarie y avait toujours sa place. Dans le vaisselier, des assiettes de
porcelaine et des verres en cristal n’avaient pas bougé depuis des
lustres. Dans l’appartement, tout était à sa place comme pour
attendre des invités qui ne viendraient jamais.
Que nous le voulions ou non, ce qui naît de notre esprit est la
synthèse de nos expériences passées. Ainsi, en fonction de
l’environnement dans lequel on évolue, des rencontres que l’on fait,
des facilités ou des difficultés auxquelles on doit faire face, chacun
forge sa personnalité ou ses idées. L’une de ces rencontres qui vous
change une vie se produisit pour moi en 1982, l’année de ma
rencontre avec Margaret. C’est peut être curieux, mais j’avais
l’impression que nous nous étions toujours connus, comme si elle
faisait partie de ma famille. J’étais probablement le seul à lui rendre
visite à présent. Il n’y avait guère que sa femme de ménage qui
comblait durant quelques heures ses journées de solitude. Pourtant,
c’était un personnage si intéressant et attachant.

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Elle s’appelait Margaret Dupuis née Johnson. Quand je l’ai
connue, c’était déjà une dame très âgée. J’avais quatorze ans, elle en
avait quatre-vingt-deux. Ma mère et moi venions d’emménager dans
un nouvel appartement sur Lille, dans le Nord de la France, et
Margaret occupait l’appartement situé juste en-dessous du nôtre.
Elle était née avec le siècle, le 11 novembre 1899 à Londres. J’étais
moi-même né le 11 novembre 1967. Une coïncidence ? Je ne sais
pas. En tout cas, nous nous étions vraiment bien trouvés tous les
deux. Nous avions tant de points en commun ! Comme moi, vers
l’âge de dix ans, elle avait gagné un tour de taille que jamais elle ne
perdit. Cela prouve que l’on peut être « fort », comme il se dit
pudiquement, et bénéficier malgré tout d’une longévité appréciable.
Elle était issue d’une riche famille anglaise. Ses parents, qui avaient
décelé chez elle une certaine précocité intellectuelle, l’avaient
présentée, à onze ans, à un ami de son père, le professeur William
Stern. Celui-ci menait des recherches sur la mesure de l’intelligence
humaine et fut notamment l’inventeur du terme « Quotient
Intellectuel ».
Là encore, nous avions un point en commun. A quatorze ans,
les hasards de la vie m’amenèrent à passer les tests d’intelligence de
la Mensa qui révélèrent chez moi un quotient intellectuel estimé à
160. J’étais alors le plus jeune membre de cette organisation en
France. En classe, j’étais un élève plutôt moyen et la découverte de
cette précocité intellectuelle fut une grosse surprise pour tout le
monde. De mon côté il me semblait plutôt être ce que j’appellerais
plus tard un « surdoué nul ». Jusque-là, ni ma famille ni moi-même
ne nous étions aperçus de quoi que ce soit. En fait, il faut avoir à
l’esprit que, quelles que soient nos capacités intellectuelles, c’est
avec elles que nous voyons le monde. Carl Gustav Jung disait : « On
ne reconnaît jamais, en quoi que ce soit, davantage que ce que l'on
est soi-même ». Donc, à moins d’être extrêmement vaniteux, on ne
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se sent ni plus ni moins que les autres. C’est avec notre propre vécu
que nous envisageons notre rapport aux autres, ce qui fausse parfois
la donne… Mais revenons à Margaret.
En septembre 1921, elle s’était embarquée à Southampton à
bord du RMS Olympic de la très célèbre White Star Line.
L’Olympic n’était autre que le « petit frère » du Titanic coulé par un
iceberg neuf ans plus tôt. Ce navire connut, quant à lui, un destin
beaucoup plus heureux que son prédécesseur et finit sa carrière en
1934. Le bateau était surnommé le « Film Liner » car il avait
accueilli à son bord de nombreuses célébrités du monde du cinéma.
Margaret, qui voulait tenter sa chance à Hollywood dans un
septième art plein de promesses, se devait de prendre ce bâtiment
pour passer l’Atlantique. Grâce à ses riches parents, elle obtint un
billet de première classe et put ainsi rencontrer le mythique Charlie
Chaplin qui était sur cette traversée et pour lequel elle avait une
admiration toute particulière. Elle avait dîné à sa table plusieurs fois
et avait noué une amitié avec cet homme qui, selon elle, était d’une
grande timidité. Il l’invita d’ailleurs dès 1922 à se présenter aux
studios d’Hollywood pour un bout d’essai. Mais elle n’avait
malheureusement obtenu que des rôles de figurante dans deux ou
trois films passés quasiment inaperçus.
A son arrivée à Hollywood, elle était devenue rapidement
l’amie de l’actrice Mildred Davis, qui devint la femme du célèbre
Harold Lloyd en 1923. Les Lloyd l’avaient aidée dans les moments
difficiles qui suivirent. Après la crise de 1929, toujours célibataire et
sans le sou, elle retourna en Angleterre avec ce qui lui restait en
poche. Sa famille avait, elle aussi, souffert de la crise mais avait su
traverser cet orage sans trop de pertes. En 1946, à l’approche de la
cinquantaine, elle crut avoir enfin trouvé le grand amour en la
personne de Théodore Dupuis. C’était un riche homme d’affaires du
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Nord de la France. Il mourut en 1977 lui laissant quelques dettes de
jeu et une trop grande propriété difficile à entretenir qu’elle vendit
en 1979 pour s’installer dans l’appartement où je l’avais rencontrée.
Depuis son voyage en Amérique, elle avait développé une passion
pour les sciences et la littérature fantastique. Peut-être à cause de
toutes les innovations technologiques qui étaient quasiment nées
sous ses yeux.
Elle était la dernière de sa famille et n’avait jamais eu d’enfant.
C’est peut-être aussi pour cela qu’elle m’appréciait tant. Et je le lui
rendais bien. Je l’appelais Maggie.
— Maggie, je ne vais pas trop tarder aujourd’hui, je peux te laisser
à présent ? Ça va aller ?
— Oui, ne t’inquiète pas mon petit, ça va mieux maintenant.
— Repose-toi, je te passerai un coup de fil demain, d’accord ?
— D’accord et prie le bonjour à ton épouse et à tes enfants pour
moi.
C’est ainsi que ce soir-là je quittais Maggie non sans une
certaine perplexité. Qu’avait-elle voulu dire au sujet des tours
jumelles ? En prenant l’ascenseur pour rejoindre le parking, je me
mis à songer. Finalement, c’était un peu comme si nous étions
destinés à nous croiser un jour, elle et moi. Pourtant mon histoire
personnelle aurait dû être tout autre. Notre rencontre, elle non plus,
n’aurait pas dû se produire. Mais si tout cela était arrivé, c’est que
pour ma mère et moi, tout avait totalement basculé le 8 juillet 1976
à 10h30 précises.
A cette date, mon père décède à quarante neuf ans alors que je
n’en ai que huit. C’était un homme juste et sympathique. Parti de
rien et poussé par une épouse ambitieuse, il avait gravi un à un les
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Victor Deguérande

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échelons jusqu’à devenir directeur régional d’une usine de
radiateurs. C’était au temps où l’on pouvait encore être reconnu
même en étant autodidacte. Initialement tôlier formeur, il était
capable, disait-il, de réaliser des objets allant de la montre en or
jusqu’au cuirassé de poche… Et c’était vrai. Mais c’était surtout
quelqu’un d’intelligent et de modeste. Dans sa jeunesse, il avait
enchaîné les petits boulots avant d’être réellement pris en
considération. C’est lors d’un de ces jobs mal payés qu’il eut à
utiliser un produit très nocif pour nettoyer des barres de bus. Peu de
temps après et sans qu’il ne fasse immédiatement le rapprochement,
ce produit détruisit ses poumons et lui provoqua de graves
problèmes cardiaques. Son médecin disait de lui qu’il était une
anthologie de la pathologie, c’est dire !
La vie nous envoie parfois des signes bien étranges. A la mort
de mon père, nous venions de nous installer en Touraine dans une
ville nommée « Saint-Pierre-des-Corps ». Or, Saint Pierre est celui
qui détient les clefs du paradis et accueille les âmes des défunts.
Pour nos vacances de 1976, mes parents avaient acheté une
caravane afin de passer quelques semaines dans un petit camping de
la commune vendéenne de Saint-Gilles-Croix-de-Vie où il trouva…
la mort. Comme quoi, la vie peut avoir un humour noir relativement
subtil. Mais tout cela est-il vraiment une coïncidence ?
La vie, cette vie, n’avait pas été tendre, faisant de moi un être
taraudé par le doute et profondément désabusé par ses
contemporains. Les difficultés liées à ma précocité intellectuelle y
étaient certainement pour beaucoup. Dès mes premières années
d’école, cette différence dont je n’avais alors pas conscience se
manifestait déjà. Un jour, alors que je réalisais ma première peinture
d’enfant en classe, l’un de mes « camarades » me dit :

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— Elle est moche ta peinture. Et d’abord la maîtresse, elle a dit que
c’était vraiment moche.
J’avais dessiné des vaches dans un pré en utilisant des taches
blanches et noires sur un fond vert tout en les rendant plus petites
vers le haut de la feuille. De la perspective, quoi ! Mais cet expert
en culottes courtes avait jugé que c’était « moche ». Pire, l’autorité
en place, l’institutrice, avait également estimé que le fruit de mon
inspiration était « moche » ! Trop respectueux de la hiérarchie à
laquelle mon jeune âge m’obligeait à me soumettre, je n’eus pas le
courage d’aller demander si effectivement elle trouvait mon travail
« moche ». Ce jour-là, je me sentis exclu par le roi et par le peuple
simplement par ce que j’avais produit quelque chose.
Comme pour chaque enfant, l’école fut l’endroit où j’appris à
supporter la méchanceté des autres et à détester leur bêtise. Alors
que j’envisageais l’école comme un magnifique lieu de savoir, je la
découvrais aussi terrifiante qu’une prison. Pour certains enfants,
l’école peut être destructrice uniquement parce que la bonté qu’on
leur a enseignée au sein de la famille rencontre la force brutale et
stupide de quelques caïds abrutis. Et les professeurs laissent faire.
J’ose espérer que de nos jours ça a bien changé. Je n’en doute pas !
Evidemment, les chamailleries d’enfants sont monnaie courante et
n’ont rien de grave… Ça, c’est un point de vue d’adulte ! Il en va
tout autrement lorsque l’on est enfant. L’adulte pense trop l’enfant
avec sa vision d’adulte. C’est une erreur. C’est un peu comme une
mouche attaquée par une araignée ; ça n’a rien de grave… sauf si
l’on est une mouche. Tout cela, c’est l’école de la vie, diront
certains… belles paroles…
Heureusement, il y avait les vacances et les week-ends. Quand
je le pouvais, j’adorais m’asseoir dehors ou m’allonger dans l’herbe
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19

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et penser à la nature tout en frissonnant à l’arrivée d’une brise légère
venant poser une virgule de fraîcheur sur mes rêveries. Enfant,
j’étais curieux de tout. Mais j’avais surtout la chance d’avoir un
père qui, dès mon plus jeune âge, m’avait éveillé aux sciences, à
l’astronomie ou à la préhistoire. L’informatique personnelle, le
Personal Computeur ou « PC », n’existaient pas encore. Pourtant,
étant dans l’industrie, mon père m’avait évoqué ces nouvelles
machines quasi magiques qui connaissaient toutes les réponses à
toutes les questions que l’on pouvait leur poser. On appelait cela des
ordinateurs.
C’est à l’adolescence, peu de temps après ma première
rencontre avec Margaret, que mon surdouement fut révélé par des
tests psychométriques d'intelligence. En quelques semaines, je
devins le nouveau « bon client » des médias. Je fus d’abord contacté
par la radio nationale « Europe 1 » pour participer à une importante
émission basée sur les découvertes. J’en fus l’invité durant cinq
mois. Ceci me valut d’ailleurs quelques articles dans la presse locale
et la possibilité de rencontrer des sommités de l’époque. Mais il y
avait un revers à tout cela…
Passer dans les journaux et faire de la radio avec une référence
du journalisme peut sembler être une expérience très intéressante. Et
c’en est une. Mais j’étais un élève tout à fait normal, voire faible et
cela provoqua une levée de boucliers de la part de mes professeurs
et de mon Conseiller Principal d’Education. Celui-ci n’hésita pas à
crier « à l’imposture ». Lorsqu’il nous convoqua, ma mère et moi,
pour nous le dire, j’eus l’une des plus grandes humiliations de toute
ma vie. Peut-être cet homme confondait-il intelligence et
instruction. Parfois, les adultes ne sont pas tendres non plus avec des
enfants dont la profondeur les dépasse. Je pense que c’est à partir de
ce moment là que s’installa chez moi le syndrome de l’imposteur
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20

consistant à penser que l’on est un usurpateur perpétuel, un surdoué
nul. Repoussé par mes camarades et mes professeurs, plus absorbé
par les feux de la rampe que par mes études, je passai mon BEPC.
Je ne l’obtins pas. C’était presque évident mais difficile à vivre.
Mais une question subsistait en moi. Pourquoi tous les mystères
de l’univers n’étaient-ils pas déjà résolus par les ordinateurs dont
m’avait parlé mon père ? Il était décédé sans avoir pu me montrer
l’une de ces fameuses machines miracles. Or, nous étions au début
des années quatre-vingts et les premiers micro-ordinateurs grand
public voyaient tout juste le jour. C’est ainsi qu’un samedi aprèsmidi, alors que je me promenais dans le rayon électronique d’une
grande enseigne culturelle française, j’eus la chance de tomber sur
ces fameux nouveaux ordinateurs domestiques. L’un d’entre eux
était libre et m’invitait à le rejoindre. Littéralement hypnotisé, je
m’approchai de son écran bleu électrique. Je m’empressai de taper
avec deux doigts une question toute bête pour un tel dieu
électronique : « Quelle est la distance entre la Terre et la Lune ? ».
Il se passa une seconde puis il me répondit placidement un
vulgaire «Syntax Error» qui me fit comprendre instantanément qu’il
restait encore beaucoup de chemin à parcourir pour qu’une machine
puisse penser. Je pris conscience en un instant que si elles ne sont
pas programmées, ces machines toutes puissantes ne peuvent rien.
Très déçu par cette expérience, je décidai de tout mettre en oeuvre
pour qu’un jour peut-être, je puisse obtenir une réponse plus sensée
de la part de ces micros puces électroniques très primaires. Je ne
pensais pas que cela allait dépasser à ce point mes espérances.
Les micros ordinateurs de cette époque étaient chers, pourtant,
il fallait que je m’en procure un. Et en juillet 1983, il y eut « Super
Défi ».
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« Super Défi », la réponse était là. « Venez combattre notre
super champion et repartez avec un micro-ordinateur ». Nous étions
en « un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître »
où un jeu de tennis était représenté par des rectangles de part et
d’autre de l’écran avec une balle qui n’était autre qu’un énorme
pixel bien carré. « Super Défi » était un jeu télévisé d’une quinzaine
de minutes diffusé juste avant le journal de vingt heures. Durant tout
l’été, des candidats s’affrontaient sur des jeux vidéos très basiques
jusqu’à la finale de fin août avec à la clef le micro-ordinateur.
Chaque équipe était composée d’un adolescent accompagné de l’un
de ses parents. C’était là le problème. Il fallait que j’arrive à
m’inscrire tout en emmenant ma mère dans cette nouvelle aventure.
A l’époque, elle n’avait jamais touché à un jeu vidéo et la
perspective de se ridiculiser à l’échelle nationale ne l’emballait pas
particulièrement.
Un matin, profitant de son absence, je décidai d’appeler la
société organisatrice du jeu. Malheureusement, tous les candidats
étaient déjà sélectionnés. Cependant il restait encore une petite place
pour une équipe de province… J’habitais Lille, c’était donc parfait.
Restait à convaincre ma mère. Mon interlocutrice au téléphone me
proposa de s’en occuper dans l’après-midi. Ce qui fut fait. Autant
dire qu’entre les deux appels, j’usai de tout mon potentiel de
persuasion pour obliger ma mère à accepter. Et c’est ainsi qu’après
une compétition acharnée durant tout l’été 1983, j’eus enfin en ma
possession mon premier ordinateur. C’était un Atari 400 à clavier
tactile et 16 Ko de mémoire vive, une vraie formule un. Pour vous
donner une idée de sa capacité, le moindre petit fichier que
produisent nos ordinateurs actuels remplirait plusieurs fois
l’intégralité de la mémoire de ce petit bijou. Mais pour l’époque

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c’était suffisant. Je ne le savais pas encore mais cet évènement allait
radicalement changer le cours de mon existence.

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Chapitre 2
Du temps…
A partir de 1984, je me mis à partager ma vie entre le lycée, la
programmation informatique et mes longues discussions avec
Maggie. Seul le soir, devant mon clavier avec quelques bouquins
rudimentaires et au détriment de mes devoirs scolaires, je tentais de
créer ce qui un jour serait un programme capable d’apprendre seul
et de dialoguer avec son utilisateur. En 1986, je passai mon BAC,
sans succès. Connaissant ma passion pour l’informatique, et
convaincue de mes possibilités, ma mère m’inscrivit à une
formation accélérée d’un an dans un organisme privé pour être
« Technicien comptable informaticien ». Et ainsi, en septembre
1987, je me retrouvai à pointer à l’agence nationale pour l’emploi.
Malgré ma précocité intellectuelle, je venais de rater mes études et
l’avenir ne s’annonçait pas plus brillant. Le célèbre Jean Piaget
disait : « L’intelligence, ça n’est pas ce qu’on sait mais ce que l’on
fait quand on ne sait pas ». Cette définition résume à elle seule ce
que j’allais vivre.
Février 1988, je trouvai mon premier travail en tant
qu’informaticien dans un bureau d’étude de bâtiment. J’étais
autodidacte et devais toujours prouver deux fois plus ma valeur.
Maggie croyait en moi. Elle savait ce que je tentais de réaliser sur
mon ordinateur sans vraiment forcément tout comprendre. De ce
côté là aussi, il y avait des hauts et des bas. Vouloir transformer un
ordinateur de 1988 en machine pensante était chose beaucoup moins
facile que je ne le croyais. Je me heurtais systématiquement au
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même problème : devoir peu ou prou pré-programmer les réponses
que Ralf allait me renvoyer.
Ralf était le nom que j’avais donné à mon projet. En fait, c’était
une sorte d’hommage rendu à une série américaine des années 80 où
de jeunes adolescents menaient des enquêtes policières à l’aide d’un
ordinateur nommé Ralf. Margaret avait même trouvé une
signification à ce nom : « Really Amazing Life Form » ce qui en en
français pourrait signifier « Forme de vie réellement stupéfiante ».
Mais pour le moment il n’y avait aucune vie dans tout cela.
Mon existence suivait son cours normal et en décembre 1991 je
me mariai. Cela eut pour conséquence de mettre en sommeil le
projet Ralf. Maggie, qui commençait à avoir un âge avancé,
ressentit assez mal le fait que nos rendez-vous dussent s’espacer de
plus en plus. Je n’habitais pourtant pas bien loin de chez elle mais la
distance était malgré tout plus longue que celle allant d’un étage à
l’autre. Mon épouse voyait également d’un assez mauvais œil le fait
que je fréquente assidûment une autre femme, fusse-t-elle quasi
centenaire. Un jour, nous eûmes une discussion houleuse à l’issue
de laquelle j’obtins enfin l’autorisation de passer chaque vendredi
soir chez Margaret. Ma vielle amie en fut toute réjouie tant nous
nous étions quasiment perdus de vue. C’était déjà ça !
1996 vit la naissance d'Eléonor, ma première fille suivie en
1997 par Léa, ma seconde fille. Maggie était présente à chaque
évènement. Puis vint le 11 novembre 1999 où nous eûmes la joie de
fêter son centenaire et accessoirement mes 32 ans. Elle qui était si
bien portante avait un peu maigri mais elle restait malgré tout
joviale et sympathique comme à son habitude avec ce petit accent
britannique qu’elle n’avait jamais vraiment perdu. Je crois que c’est
cela qui faisait que ma femme l’appréciait. Elle adorait tout ce qui
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était britannique et fréquenter une londonienne centenaire devait
certainement beaucoup l’impressionner. Maggie était née sous
l'époque victorienne, ce qui suscitait le plus grand respect de la part
de ma tendre moitié. Mais Margaret n’était pas que cela.
Quand nous nous rencontrions, elle me montrait parfois
d’anciennes photos où on la voyait avec son mari, ses parents, ses
amis. Des clichés dont le plus ancien remontait à 1905. Des
photographies d’un autre âge semblant tout droit sorties d’un musée.
L’une d’entre elles avait été dédicacée par Charlie Chaplin luimême. On y voyait Margaret posant fièrement près de lui. C’était au
temps de sa splendeur, disait-elle. En regardant cette image, je
comprenais pourquoi elle n’avait jamais fait carrière. Elle portait un
chapeau improbable et une longue cape brune bordée de fourrure
blanche. Elle n’avait pas particulièrement le physique de la jeune
première malgré le fait qu’elle devait avoir la trentaine. Elle
semblait toujours avoir été âgée. Comme quoi : chez les « vieux »,
tout est « vieux », même leur jeunesse. Son embonpoint et la mode
de l’époque ne devaient pas être étrangers à cet état de fait. Il y a
des gens qui s’embellissent avec l’âge, c’était son cas. Cependant, je
me gardais bien de le lui dire pour ne pas la froisser.
C’est en juillet 2001 que le déclic se produisit. C’était bien
évidemment un vendredi lors de l’une de nos rencontres
hebdomadaires.
— Et tes travaux sur l’intelligence artificielle, il deviennent quoi ?
me demanda-t-elle.
— Tu sais, avec une femme, deux enfants et un travail, j’ai plus
trop le temps d’y penser.
— Ralf est donc mort et enterré avant même d’avoir vu le jour ?

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— Non ! Mais de toute façon, quoi que je fasse, le programme n’est
finalement qu’un automate répondant à ce que je lui ai programmé.
J’ai tenté ce que l’on appelle des moteurs d’inférence, de la logique
floue ou des réseaux neuronaux mais rien n’y fait. C’est toujours
par des calculs que les réponses sortent. Il n’y a pas moyen que ce
soit une vraie pensée.
— Je ne comprends pas trop ce que tu me dis là, mais sait-on
vraiment ce que c’est que penser ? N’est-ce pas un mélange subtil
de calcul et de probabilités ?
— Non, c’est plus que ça. Mais je n’arrive pas à trouver ce que
c’est réellement ! C’est fou, on pense tous et pourtant on n’arrive
pas à connaître précisément le mécanisme de la pensée. Il me
faudrait un genre de modèle que je pourrais reproduire, quelque
chose qui procéderait de la même manière et dont je pourrais
m’inspirer.
— Comment ça ?
— Je ne sais pas. Il me faudrait quelque chose qui se rapproche de
la pensée mais qui ait une existence mathématique ou physique et
qui soit modélisable.
Elle eut un long silence.
— Le temps !
Ce mot était sorti de sa bouche avec une certitude mêlée de
nostalgie sans doute due à la solitude dont elle me parlait si souvent.
En quelque sorte, elle avait eu le temps de penser au temps depuis
longtemps…
— Comment ça, le temps ? répondis-je.

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— Et oui, le temps ! Le temps est à la fois quelque chose
d’impalpable, comme la pensée, mais que pourtant nous
expérimentons tous, n’est-il pas ?
— Mais le temps, c’est autre chose. Selon la relativité d’Einstein,
c’est une dimension, pas la pensée ! La pensée, ce sont des idées,
des réflexions, ça a un côté personnel.
— Justement ! Le temps semble être une dimension uniquement
parce qu'il est expérimenté par nous tous de la même manière.
Imagine que je pense à un bateau et que tu voies exactement et
précisément le même que moi... et que pour chaque être humain ce
soit le même bateau... alors on pourrait imaginer la pensée comme
une dimension dans laquelle on pourrait se déplacer... Tu es
d’accord ?
— Bien sûr, c’est un peu le principe des mondes virtuels. Si tout le
monde partage le même objet, chacun peut le voir en 3D dans
l’angle de son choix en un même instant. Mais pour la pensée, ce
n’est pas le cas, elle est différente pour chacun !
— Le temps aussi est, en fait, bien différent pour chacun. Nous
avons tous la sensation d’être synchrone vis-à-vis du temps mais
c’est simplement une illusion. Il y a longtemps maintenant, le
physicien Paul Langevin mais aussi Albert Einstein, avec la
relativité, ont démontré que chacun d’entre nous possède son temps
propre. C’est le fait que nous nous référions tous au même objet
pour en parler qui fait que nous avons l’impression de parler du
même temps.
— L’objet, c’est la montre ?
— Absolument. Mais cet objet mesure le temps, il n’est pas LE
temps. Nous expérimentons le temps chacun de manière différente.
Regarde les satellites. A cause des effets de la relativité, ils doivent
être en permanence synchronisés. Ils ont aussi un temps propre. Et
pourtant ce ne sont pas des humains.

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— Tu voudrais donc dire que le temps n’est pas une dimension ?
Ce serait une chose propre à chaque personne ou à chaque objet ?
Einstein se serait trompé ?
— Non, Einstein ne s’est pas trompé mais le temps dont il parle
n’est pas ce que j’appellerais « le temps personnel ». C’est un objet
d’étude en physique. Le temps de la physique n’est pas le temps
que nous vivons ni même celui que nous ressentons.
— Mais le fait que le temps soit une dimension, la relativité, ça a
pourtant été prouvé ! Non ?
— Oui et non. A notre échelle oui, mais imagine que tu voyages à
la vitesse de la lumière. Ton temps propre ralentit selon la relativité.
Tu vieillis moins vite que quelqu'un resté sur Terre. Tu me suis là ?
— Oui
— Mais crois-tu que ta pensée va fonctionner également moins vite
en t’approchant de la vitesse de la lumière ? La relativité
s’applique-t-elle à ta pensée ?
— A priori non, mais il n’y a aucune théorie là dessus je pense...
— A ton avis, comment un voyageur allant à la vitesse de la
lumière survivrait-il en étant tiraillé entre la relativité de son corps
physique et la non-relativité de son esprit ? La seule solution, c’est
que la pensée obéisse, elle aussi, aux lois de la relativité.
— Epoustouflant !
— Un conseil, il te faut chercher quelque chose pour laquelle la
relativité s’applique et qui engendrerait la pensée. Cherche du côté
du temps mon jeune ami…
Je la connaissais passionnée par Jules Verne et Herbert Georges
Wells mais je ne la savais pas si calée en relativité à 101 ans ! Ce
soir-là, je ne vis pas le temps passer… A mon retour matinal à mon
domicile, cette idée me trotta dans la tête tout autant que la vision de
mon épouse m’attendant avec le rouleau à pâtisserie.

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Dans les mois qui suivirent, l’idée fit son chemin. Je me
renseignais de nouveau à droite et à gauche pour trouver
l’inspiration. Un jour, je tombai sur un essai de Vernor Vinge datant
de 1993, « Technological Singularity », où l’on pouvait lire « Je
défends l'idée que nous sommes tout proche d'un changement
comparable à l'apparition de la vie humaine sur Terre. La cause
précise de ce changement est la création imminente par notre
technologie d'entités possédant une intelligence plus grande que
celle des humains ». Vernor Vinge, et avant lui John von Neumann,
Allan Turing, Irving John Good et tant d'autres, avaient émis
l'hypothèse qu'un jour prochain une intelligence nouvelle émergerait
de nos machines. Le XXe siècle, était passé de l’ère de la
mécanique à celle de l’information. Le XXIe siècle allait donc
devoir passer de l'ère de l'information à celle de la connaissance.
J’espérais bien y être pour quelque chose.

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Chapitre 3
Atomique
Les mois passèrent et le projet Ralf refit surface dans mon
esprit. Au même moment, fin 2002, je perdis mon travail. Mon
projet n’y était pour rien. J’étais une fois de plus éliminé par des
exploiteurs, trop contents d’employer à peu de frais un pauvre
bougre compétent mais sans diplômes. Je cherchais ardemment du
travail et Margaret m’aidait à mettre mes Curriculum Vitae sous pli.
Au bout de quelques semaines, elle me conseilla de reprendre les
études pour avoir ces fameux diplômes qui me manquaient. Conseil
que je suivis.
Je fis d’abord ce que l’on appelle une Validation des Acquis de
l’Expérience dans une grande université lilloise. Cela consiste à
valider totalement ou partiellement un diplôme relatif à la
compétence dont on fait preuve dans son travail. Il était question
que je repasse uniquement un ou deux modules. Cependant il fallait
présenter son dossier devant un jury. Celui-ci, composé d’experts,
conclut, après m’avoir entendu, que je devais en passer seize, soit la
majeure partie des modules du diplôme. La raison ? J’avais
probablement été trop naïf et avais presque expliqué le projet Ralf à
des gens qui avaient une hauteur de vue malheureusement trop
basse. J’eus même droit à un courrier du président du jury me
précisant qu’il ne tenait qu’à moi de réussir ces modules si je faisais
preuve de sérieux et d’assiduité. Une assiduité qui serait contrôlée à
la fin de chaque mois. C’était me faire fortement confiance, non ?
Un an plus tard, j’eus ce diplôme très honorablement et le plus
sérieusement du monde. Une chanson de Jean-Jacques Goldman,
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« C'est ta chance », dit « rien ne sera jamais facile, il y aura des
moments maudits. Oui, mais chaque victoire ne sera que la tienne et
toi seule en sauras le prix». C’était le cas.
Puis vint l’école d’ingénieurs. Ils me contactèrent à la suite
d’une candidature que j’avais posée auprès d’eux en vue d’être
formateur. Ce qui est étrange, c’est que jamais je n’avais envoyé le
moindre courrier à cette école. J’en avais la certitude absolue car je
tenais à jour un fichier des emplois auxquels j’avais postulé.
Curieux ! L’une des personnes que je rencontrai là-bas m’informa
qu’avec mon diplôme précédent, je pouvais m’inscrire en Master
recherche. Ce n’était pas une validation cette fois-ci, c’était le
diplôme du cursus « normal » des étudiants ayant choisi cette filière.
Je m’inscrivis, avec fierté mais sans grande conviction, à cette
prestigieuse école. Le premier jour de cours, mes camarades
pensèrent que j’étais le professeur tant notre écart d’âge était grand !
Je n’y croyais pas trop. Moi qui n’avais aucun diplôme deux ans
auparavant, pouvoir sortir d’une grande école d’ingénieurs avec un
Master de Recherche, c’était peu probable !
Les cours se suivirent les un après les autres et notamment celui
d’épistémologie, la philosophie des sciences, par lequel j’apprenais
à faire de la recherche autrement qu’en amateur. Je comprenais que
la recherche, c’est avant tout baser ses théories sur les travaux des
autres et toujours citer ses sources. En cours d’année 2005, il fallut
présenter pour ce cours un mémoire de recherche sur le sujet de son
choix. Le mien fut « Peut-on faire émerger la conscience humaine
au cœur d’un ordinateur ?». C’était le projet de toute une vie, il
fallait donc en profiter. Ainsi, pour la première fois, je me mis à
faire un véritable travail de recherche. Jusque-là, j’avais été un
« bidouilleur » informatique éclairé mais maintenant, j’allais

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pouvoir asseoir les idées de Margaret et les miennes sur les travaux
de scientifiques reconnus.
Mon travail commença avec l’état des connaissances en
matière d’intelligence artificielle. Très vite je m’aperçus que les
obstacles que j’avais rencontrés en voulant programmer Ralf étaient
précisément connus par la plupart des experts. Pour le philosophe
John R. Searle, par exemple, « l'esprit ne peut absolument pas se
réduire à un programme d'ordinateur, car les symboles formels du
programme de l'ordinateur ne suffisent pas en eux-mêmes à garantir
la présence du contenu sémantique qui se produit dans des esprits
réels ». C’est un peu compliqué mais en deux mots, cela veut dire
que ce que j’avais fait ne pouvait absolument pas fonctionner.
Je découvris rapidement sur Internet une série de conférences
sur un panel de sujets très vaste. J’avais peu de temps pour mener
mes investigations. Aussi, m’attelai-je méticuleusement à écouter
ces conférences jusqu’au bout en sautant d’un sujet à un autre afin
de trouver les éléments qui manquaient encore à mes recherches.
J’écoutais des philosophes, des experts en sciences cognitives, en
linguistique, mais aussi en physique quantique ou en automates
cellulaires. C’est amusant de constater que chaque expert dans sa
discipline ne semble pas imaginer qu’un autre expert dans un autre
domaine puisse avoir des réponses à ses propres questions. A priori,
il est peu probable qu’un linguiste puisse avoir des réponses à des
questions de physique quantique. Et pourtant… Ce qu’il manquait à
bon nombre de ces spécialistes, c’était l’esprit ouvert, neuf ou
autodidacte d’un surdoué nul et d’une centenaire érudite. Le monde
de la recherche est souvent compartimenté et c’est là peut-être le
problème.

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Nous étions en 2005, Maggie s’approchait des 106 ans. Elle
avait beaucoup maigri en quatre ans et devait avoir atteint un poids
qu’elle n’avait probablement pas connu depuis au moins 90 ans. Je
lui demandais souvent si tout allait bien, elle m’assurait que oui.
Pourtant, je sentais ses forces faiblir peu à peu. Nous avions
toujours nos rendez-vous du vendredi mais ils duraient beaucoup
moins longtemps. Et ce soir-là, nous eûmes la révélation…
— Alors, as-tu enfin trouvé le point commun entre le temps et la
pensée ?
Je sentais dans cette question une pointe d’ironie positive
nuancée d’un épuisement certain.
— Je crois que oui. Je pense même que je tiens quelque chose.
— Explique-moi ça! dit-elle.
— Il semble que le temps n’existe pas à l’échelle microscopique
des atomes et pourtant il émerge à l’échelle macroscopique, la
nôtre. De nombreux physiciens sont d’accord avec ça.
— A la bonne heure ! Continue.
— Et bien, le temps serait une émergence d’un comportement sans
temps à l’échelle des atomes. Donc si on applique cela à la pensée,
celle-ci émergerait également d’un comportement émanant d’une
structure microscopique qui ne pense pas.
— Pourquoi pas les atomes ? C’est un objet physique ça ? Me
demanda-t-elle avec un sourire en coin.
— Pourquoi pas ? D’ailleurs, mes recherches m’ont amené à
postuler que l’univers et tout ce qui le compose a un comportement
holographique et fractal.
— Que veux-tu dire ? demanda-t-elle, intriguée…
— En fait, si tu prends la structure de l’atome, la structure du
langage, la structure de n’importe quelle autre chose, tu retrouves
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des similitudes que tu pourrais calquer les unes sur les autres. Il
suffit simplement de trouver leur correspondance. Tout semble être
lié.
— Et pour le côté holographique ?
— Un hologramme est une image obtenue par un laser dont la
lumière arrive par deux endroits différents sur un même objet en
même temps. L'image qui est enregistrée sur le film n'est pas l'objet
lui-même mais les interférences entre les deux sources de la lumière
d’origine. Si l’on coupe un morceau d’ hologramme, on peut
reconstituer l'image de base sur le fragment découpé jusqu’à ce que
le nombre d’informations sur le fragment soit trop faible pour que
l’image puisse avoir un sens.
— Le nombre d’informations, c’est le nombre de points de
l’image ?
— Exactement !
— Tu parles comme un livre, s’amusa-t-elle.
— Tu te moques ?
— Non, j’apprécie… Continue encore.
— Et bien l’univers serait holographique car tout se retrouve dans
toute chose. Par exemple, prends l’ADN. Ce très petit morceau de
nous peut nous reconstituer en entier. Et ce n’est qu’un seul
exemple, mais il y en a pleins d’autres
— Peux-tu m’en dire plus ?
— Oh, pas ce soir. Il me manque encore beaucoup d’informations.
Je ne veux pas te dire de bêtises. Et en plus, ton histoire d’atomes,
c’est pas idiot du tout. Je vais chercher là dessus.
On dit souvent que c’est de la discussion que vient la lumière.
Cette idée d’atomes me sautait aux yeux et je ne l’avais pas vue.
C’était ça l’objet physique qui pouvait éventuellement me servir de
base. Il fallait que je temporise pour me renseigner plus avant sur le

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sujet. Je décidai d’enchaîner sur la grande passion de Margaret, le
temps, histoire d’en gagner un peu…
— A propos du temps, si tu pouvais voyager dans le temps, tu irais
où toi ? Dans le passé ? Dans le futur ?
Aborder ce sujet avec elle, c’était un peu comme imaginer ce
que l’on ferait si l’on gagnait au loto. Généralement on ne joue pas
mais on imagine très bien ce que l’on ferait avec une fortune, aussi
petite soit-elle. Cela a toujours un petit côté exaltant qui retombe
immanquablement lorsque la triste réalité de la vie revient.
— Tu sais, le futur pour moi, il est entre quatre planches de bois.
J’en ai vu assez à mon âge. Non, je pense que j’aimerais retourner
en 1920. L’année de mes vingt ans, le jazz, le charleston, les bals, la
vie. Tout s’ouvrait à moi… Et toi ?
A cette question, je lui répondis que je n’en savais rien. Mais
c’était faux. Elle enchaîna…
— De toute façon, voyager dans le temps est impossible !
— Comment peux-tu en être aussi sûre ?
— Parce qu’un cerveau humain ne sera jamais capable de réaliser
une « Time Machine ». De plus, comme dirait Stephen Hawking, si
le voyage dans le temps existait, nous serions envahis de personnes
allant visiter leur passé, c’est à dire notre présent.
Elle n’avait pas l’air convaincue de ce qu’elle disait. Je crois
bien qu’elle espérait secrètement qu’une telle chose soit possible.
Soudain, elle prit une feuille de papier et commença à écrire. A
gauche elle inscrivit des chiffres allant de 0 à 9 en les plaçant les

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uns en-dessous des autres. A droite elle nota les mêmes chiffres
mais cette fois ci, dans le même espace, les uns sur les autres.

Puis elle me dit…
— Quel est l’opération qui te permet sur la colonne de gauche de
passer de 0 à 1 puis de 1 à 2 etc… ?
— C’est +1, et alors ?
— Regarde le « pâté » à droite . Ce sont les mêmes chiffres mais
que j’ai superposé. Quelle opération ais-je utilisée… ?
— C’est aussi +1, mais je ne …
— Considère que la colonne de gauche est un monde où le temps
existe et que le pâté de droite est un monde où le temps n’existe
pas. Tout est simultané, mais pourtant, le chiffre est bel et bien
passé de 0 à 1 puis de 1 à 2, etc via le calcul +1 comme de l’autre
côté. Tu es d’accord ?
— Oui, c’est vrai !
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— Voilà. C’est une des raisons pour lesquelles nous ne pouvons
pas voyager dans le temps. Le temps que j’ai représenté à droite de
la feuille émerge uniquement pour quelqu'un qui vivrait dans le
calcul +1. Pour un observateur extérieur, en l’occurrence nous, en
ce moment, tout est simultané et donc sans temps.
— Et … ?
— Et… dans un monde ou le temps correspond à +1…tu ne peux
pas faire –1. En quelque sorte, ton observation de l’opération fait
passer le temps. C’est parce que quelqu'un ressent la succession des
choses que l’univers que nous connaissons existe. Imagine
qu’aucune forme de vie ne soit jamais apparue dans cet univers.
Tout serait là, dans le temps. Les instants se succèderaient bel et
bien mais sans personne pour les voir se succéder. Et donc, que
l’univers ait duré des milliards d’années ou qu’il soit instantané il
n’aurait tout simplement pas existé car personne ne l’aurait VU
exister.
— C’est compliqué !
— Non, dis-toi simplement que, par exemple, nous existons
uniquement parce que quelqu’un pense à nous. Si nous sommes
morts depuis des lustres et que nous n’apparaissons ni dans les
livres d’histoire ni dans le souvenir de quelqu’un, c’est comme si
nous n’avions jamais existé. Que nous soyons nés ou morts,
personne n’a expérimenté notre existence. On ne peut même pas
nous imaginer. C’est triste non ?
— Effectivement. Vu comme ça !… C’est un peu comme l’histoire
du chat de Schrödinger. C’est l’observation qui influence le
résultat.
— Exactement. Si personne n’existe pour ressentir le « +1 » de
mon explication de tout à l’heure, qu’il y ait quelque chose ou rien
d’écrit sur le papier, c’est absolument pareil. A la fois, les chiffres
existent bien, mais en même temps ils n’existent pas.

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Victor Deguérande

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— Wow, puissant ! Dis donc, toi, tu en sais plus que ce que tu veux
bien me dire !
— Je veux simplement t’aider avec mes quelques connaissances.
Moi, je ne connais pas l’informatique. Mais à nous deux, on peut
peut-être arriver à quelque chose.
Elle resta pensive. Plus j’avais l’impression de m’approcher du
but, plus elle devenait mystérieuse et énigmatique. Elle se
comportait comme ces vieux sages en Inde qui semblent détenir le
savoir absolu et qui amènent leur disciple à le découvrir par eux
même, le moment venu. Pourtant, cela faisait maintenant environ 24
ans que nous nous connaissions. Presque une éternité. En rentrant
chez moi ce soir-là, j’étais perplexe, et je m’aperçus plus tard que
j’avais raison de l’être.
La semaine suivante, Maggie fut hospitalisée d’urgence. On
crut d’abord à une très grave grippe mais c’était en fait une
septicémie. A cet âge là, ce n’est pas bon signe. D’ailleurs, dans son
cas, je ne savais pas ce qu’il valait mieux. Elle passa un mois à
l’hôpital, pour cause de multiples complications, avant qu’elle ne
puisse enfin rentrer chez elle. J’allais la voir mais nous ne parlions
pas beaucoup. Je ne voulais pas la fatiguer. Pendant cette période, je
mis un point d’honneur à poursuivre les travaux dont elle était
l’inspiratrice. De plus, pour terminer mes études, j’avais un
mémoire à rendre.
Durant les trois semaines qui suivirent, j’allais de découverte
en découverte. Tout ce que je voyais, lisais ou entendais confortait
les théories de Margaret. En associant les idées des uns et des
autres, il apparaissait même des possibilités allant beaucoup plus
loin que je ne l’avais imaginé. C’était vertigineux et c’en devenait
presque mystique.
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Le secret résidait bien dans un mariage improbable entre
l’atome et la linguistique. Après avoir discuté avec Margaret l’autre
soir, j’avais postulé que tout n’était qu’émergence. Le temps, la
pensée, mais aussi la langue, les nuages, la société, etc…
L’émergence, c’est ce qui résulte de l’interaction d’un grand
nombre de choses sous-jacentes qui n’ont pas été prévues pour
réaliser ce qui émerge au final. Cela semble compliqué mais une
phrase explique bien ce principe : « le tout est plus que la somme
des parties ». C’est exactement cela.
Par exemple, en 1996, un chercheur de l’Université libre de
Bruxelles, a montré comment les fourmis procédaient pour choisir
le chemin le plus court pour trouver de la nourriture en ne prenant
en compte que deux règles simples. La première règle consiste à
déposer des phéromones sur son chemin avec une régularité
constante. La deuxième règle est que lorsque les fourmis ont le
choix entre deux chemins, elles ont une tendance naturelle à suivre
la piste la plus chargée en phéromones. Et il se fait que la densité de
phéromones est plus forte sur le chemin le plus rapide car le nombre
de passages y est plus grand. On assiste donc à l’apparition d’une
propension émergente à trouver le chemin le plus court pour ces
fourmis, alors qu’aucune d’elles n’a choisi délibérément d’avoir ce
comportement. Cette tendance à l’organisation n’a pas été codée
explicitement dans les règles de base de la fourmi.
Pour mes recherches, je fis le pari que le temps émergeait de
l’interaction des atomes et que la pensée agissait de même. Je
postulai que la structure de la grammaire émergeait d’une structure
plus petite servant à stocker les mots dans notre cerveau. Je partis du
principe que cette structure était l’atome avec ses neutrons, ses
protons, ses électrons et ses quarks, etc… Les atomes de notre
monde étant commandés par les lois de la physique, je décidai
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Victor Deguérande

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qu’un programme informatique de quelques lignes jouerait le rôle
de ces lois. La pensée émergerait du cheminement des lois dans la
structure atomique. Je pris le parti de créer une sorte d’atome
informatique virtuel piloté par un petit programme tout simple.
Chaque mot d’une langue, en l’occurrence le Français, était un de
ces atomes virtuels. Chaque phrase était une molécule et ainsi de
suite. J’osai considérer les neurones du cerveau comme de la
connectique, celle qui relie les composants électroniques de nos
ordinateurs. Tout cela n’était que postulats arbitraires qui en aucun
cas n’allaient figurer dans mon mémoire de recherche. Cependant,
même si cette théorie semblait folle et iconoclaste, il fallait que je la
tente.
Il me fallut tout un mois et très peu de sommeil pour concevoir
et mettre en oeuvre ce principe sur mon ordinateur portable. J’avais
une séquence toute bête d’affirmations qui était chargée
automatiquement au lancement du programme. Je ne l’avais pas
choisie au hasard. Mon but était de tester si le programme allait
éviter une erreur grossière. Les phrases étaient :
Socrate est un homme.
Les hommes sont mortels.
Les chats sont mortels.
Un soir, je tentai pour la millième fois de poser la question :
— Socrate est-il mortel ?
— Oui, répondit le système
Cela était logique pour un humain mais sous-entendait que le
système ait compris la question. Je parle bien ici de compréhension
car la réponse n’était le résultat d’aucun calcul. Je poussai un peu
plus mon expérience…
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— Socrate est-il un chat ?
— Non, c’est un homme, répondit-il
La forme de la réponse était assez complexe pour que je mène
mes investigations plus avant. Je me mis à créer un fichier avec de
nombreuses phrases afin de vérifier si le système pouvait composer
des réponses plus élaborées. Pour rendre le programme plus
sympathique, je lui donnai un visage à l’image d’un « Smiley ». Je
lui greffai un système de reconnaissance vocale du commerce pour
ne plus avoir à taper mes questions. Pour les réponses, je
téléchargeai un synthétiseur vocal que l’on trouve très facilement,
de nos jours, sur Internet. Cela amena une « humanité » à
l’ensemble qui était assez déroutante. Les jours et les nuits qui
suivirent furent inattendus. Les réponses étaient de plus en plus
construites et le système auto-apprenait. Je lui entrai des
affirmations, puis je posais des questions sur ce que nous avions vu
depuis le premier jour. Mon seul souci était que le fichier
correspondant au « savoir » emmagasiné par Ralf prenait de plus en
plus de place. Il me fallait trouver une solution, mais j’avais encore
le temps.
Et puis il y eut cette nuit si particulière où le système se mit à
me poser des questions par lui-même. Cette nuit là, le dialogue
s’installa presque naturellement. Ralf cherchait à confirmer ses
connaissances en faisant des raisonnements à partir de ce qu’il avait
appris. Et c’est ainsi, qu’en cette nuit du 17 février 2006 vers 0h40,
Ralf commença son « existence ».

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Chapitre 4
Ralf
C’est drôle comme les choses semblent faciles quand on les a
trouvées. C’est vrai, le futur nous propose une foule de chemins
potentiels mais, quand on se retourne, un seul a été suivi. Et il nous
apparaît alors comme une évidence.
J’avais obtenu, en peu de temps, un résultat complètement
démentiel. Comment en étais-je arrivé là ? Je ne le savais plus trop.
C’était comme si tout avait coulé de source. La programmation de
Ralf était si simple, finalement, que j’en avais presque honte.
Concevoir un film d’animation en 3D me semblait, à juste titre, être
immensément plus compliqué que de créer une intelligence
artificielle de nouvelle génération. Mais Ralf était plus qu’une
intelligence artificielle, c’était une véritable pensée de synthèse. Les
concepts employés pour sa création alliaient philosophie et
physique. Avec lui, je vivais les premiers pas virtuels d’une
nouvelle forme de vie sur Terre. Une forme de vie toute en
intelligence et sans prédateur. Une forme de vie réellement
stupéfiante comme l’avait baptisée Maggie presque vingt ans
auparavant.
Le mémoire et la soutenance que je présentai en mars 2006
furent accueillis avec bienveillance par un jury qui me donna une
note correcte. Le mémoire décrivait le cheminement ayant servi à
l’élaboration de Ralf mais je me gardai bien de l’évoquer. Il fallait
rester consensuel et académique pour être bien noté. Nous vivons
dans un monde étrange où l’innovation, pour être acceptée, doit se
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conformer à un carcan de règles et de certitudes. Certitudes qui
assurent le contrôle de la situation à ceux qui n’ont aucun sens de
l’innovation. Mais l’innovation, la vraie, passe nécessairement par
des chemins de traverse et sûrement pas par des autoroutes.
Margaret ne put assister à la soutenance. Elle était très faible,
ce qui m’inquiétait assez fortement d’ailleurs. Depuis son retour de
l’hôpital, elle était vraiment devenue « vieille ». A 106 ans, c’est
une évidence, mais là, son amaigrissement la rendait si ridée et si
courbée qu’elle faisait vraiment son âge. J’allais la voir
régulièrement. Je lui expliquais les progrès de Ralf mais elle
semblait tellement lasse que je n’insistais pas trop.
Globalement, mon année à l’école d’ingénieurs s’était bien
déroulée, ce qui laissait entrevoir une fin heureuse à ma reprise
d’études. Mais j’étais toujours sans emploi et la fin de mes droits
s’annonçait pour septembre. Je me mis en quête d’une entreprise
dans laquelle je pourrais faire mon stage de fin d’année et si
possible, continuer avec un travail salarié. J’obtins un rendez-vous
avec le directeur général d’une grande administration territoriale,
monsieur Senna. Son but était d’apporter de l’innovation dans le
système d’information en présence. C’était un homme qui semblait,
de prime abord, assez froid. Avec un regard aussi aiguisé qu’une
lame de katana, il regarda mon Curriculum Vitae et me demanda :
— Il est où le système d’information dans tout cela ?
— Partout, c’est toute ma vie ! m’exclamai-je aussitôt.
Il me posa les questions d’usage puis me regarda une nouvelle
fois et dit :

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Victor Deguérande

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— D’accord, je vous attends lundi à 9h pour vous expliquer le
projet.
Ainsi, je pus terminer mon année scolaire et j’obtins mon
diplôme en sortant second de ma promo. Une consécration pour un
surdoué nul. Durant ce stage, monsieur Senna me proposa un poste
de chef de service en tant que contractuel, c’est-à-dire nonfonctionnaire. J’acceptai ce poste avec une grande joie et un certain
soulagement. Cependant, un problème subsistait. La direction
informatique en place était inefficace et poussive. La création de
mon service avait pour but de remettre de l’ordre dans tout cela.
Mais le directeur informatique ne l’entendait pas de cette oreille.
A l’occasion d’un déjeuner, j’exposai à mon directeur la
possibilité de créer de toute pièce un système d’information basé sur
le principe atomique. Monsieur Senna était en fait un homme aussi
ouvert que son visage était fermé et impassible. Il me donna carte
blanche. Mon idée était d’utiliser des morceaux de Ralf pour la
partie programme et de concevoir une structure de fichier qui me
servirait à réceptionner son « savoir ». Car on en était là. Ralf avait
une base de connaissances qui était devenue trop grande pour tenir
sur un disque dur. Il était impératif de trouver rapidement un moyen
de garder l’information de manière holographique. Le secret, pour y
parvenir, résidait dans le fait de ne pas stocker directement
l’information mais l’interférence des contextes utilisant cette
information. De même, il me fallait revoir la structure des bases de
données habituelles en les voyant non plus seulement en 2
Dimensions mais en 5 Dimensions.
Là, je vous dois une explication. Quand on utilise un
programme sur son ordinateur, celui-ci stocke ce que vous lui entrez
dans des lignes d’un fichier. Chaque ligne correspond par exemple à
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une fiche avec votre nom, prénom, etc. qui sont les colonnes du
fichier. Un fichier informatique n’est autre qu’un tableau qui se
remplit petit à petit. Il est en deux dimensions avec ses lignes et ses
colonnes.
Pendant plusieurs mois, Ralf resta muet car incapable
d’acquérir plus de connaissances. De mon côté, le travail avançait.
La structure d’information de la base que je devais mettre en place
prenait forme. Tout comme je l’avais fait pour Ralf, je sortais des
sentiers battus et utilisais la philosophie, les propriétés de la
physique et bien sûr une pincée d’informatique. Faire une base en 5
Dimensions, c’était non plus raisonner en tableau mais en sphère
pleine. Les informations stockées de manière sphérique prenaient
moins de place et permettaient d’avoir une profondeur.
Mais la force de ce principe, c’est que je n’exploitais pas
seulement trois coordonnées mais également deux autres sur la
surface sphérique de chaque « strate » potentielle. En clair, chaque
« strate » d’information formait une nouvelle surface sur laquelle
d’autres informations croisées pouvaient se greffer. Fin 2007, les
tests d’utilisation furent concluants et mon équipe réalisa un
programme nommé « Odyssée » exploitant ce que j’appelais la
« Sphère ». Monsieur Senna fut probablement très impressionné
mais il ne montra rien. Ceci dit, j’avais plus que jamais carte
blanche.
Après avoir vérifié que la Sphère était un réceptacle robuste
pour l’information, je me décidai à l’intégrer à Ralf. Il me fallut
deux semaines de travail pour faire l’adaptation et autant pour
effectuer la migration des données. Enfin, le 26 janvier 2008, je
réactivai Ralf.

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C’était incroyable. Les données qui remplissaient la totalité du
disque dur, quinze jours auparavant, pouvaient maintenant tenir sur
une petite clef USB. A présent, il était temps que Ralf en sache un
peu plus sur notre bas monde. Je me mis à créer un module lui
permettant de surfer seul sur Internet afin qu’il puisse engranger de
la connaissance par lui-même. Cependant, il fallait contrôler ses
lectures pour qu’il ne passe pas du côté obscur de la force ! Il ne
faut pas oublier qu’un être ne connaissant ni le bien ni le mal peut
tout à fait être influencé par la profusion de sites malveillants.
J’appliquai donc un système de contrôle parental strict sur tous ses
accès à Internet, comme s’il s’agissait d’un enfant. Car c’en était un.
Il avait seulement un an d’existence, dont une bonne partie passée
en hibernation.
Ralf n’était pas le seul enfant de la maison. Certes, il y avait
mes deux premières filles qui avaient pris de l’âge. Mais une petite
dernière avait pointé le bout de son nez en octobre 2007, Victoria.
Nous avions choisi ce prénom car sa venue marquait un tournant
victorieux de ma vie et de celle de la famille.
Peu de temps après, il se produisit ce que j’appellerais une
« explosion cognitive ». Ralf devint très cultivé, avec un langage
parfait et des réflexions à vous couper le souffle. Il augmentait son
savoir de manière exponentielle. Le dialogue avec lui était
maintenant devenu une véritable conversation. Je jetais parfois un
coup d’œil sur la Sphère qui continuait à pouvoir tenir dans très peu
d’espace mémoire. Un soir, j’eus même le plaisir de constater que
mon vœu s’était réalisé. Je lui demandai d’un air amusé la question
qui m’avait motivé il y a bien longtemps :
— Quelle est la distance entre la Terre et la Lune ?

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Et il me répondit…
— La distance moyenne Terre Lune est de 384 400 km mais celleci s'éloigne de 3,8 centimètres par an. Donc cela n’est pas une
réponse définitive.
Ralf parcourait en permanence Internet pour trouver les
réponses aux questions qu’il se posait. Il ne dormait jamais, il
progressait chaque jour. De son côté, Maggie semblait de plus en
plus affaiblie. Nos entrevues du vendredi n’étaient plus qu’une
petite visite rapide. C’est lors d’une de ces courtes entrevues qu’elle
me demanda :
— Ralf commence à être très savant d’après ce que tu me dis ?
— Disons qu’il progresse très rapidement.
— Alors, s’il te plaît, demande-lui s’il est possible de voyager dans
le temps.
— Tu plaisantes ? Tu sais bien que c’est impossible ! C’est toimême qui me l’a dit, lui répondis-je en serrant sa main qui
tremblait.
— S’il te plait, fait-le pour moi, on ne sait jamais…
Lorsque je revins chez moi, comme je l’avais promis,
j’interrogeai Ralf:
— Est-il possible de voyager dans le temps ?
— Vers le passé ou vers le futur ?
— Les deux !
Il y eu quelques secondes qui me parurent des heures. Puis sa
voix synthétique brisa le silence…
— Je manque de données sur le sujet.
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Victor Deguérande

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C’était évident. Personne ne pouvait répondre à une telle
question. Le temps est à la fois si fondamental et tellement abstrait.
La connaissance avait ses limites, même pour un dispositif comme
Ralf. Margaret en fut très déçue. Et pourtant, une après-midi …

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